Nous allons voir ici que dans les années 1600, il y avait un commerce régulier entre les îles de Cabo Verde & la partie comprise entre Petite Côte & Bissau.

Notamment dans le commerce des PAGNES, des TISSUS.

Qui dit commerce dit relations entre des personnes, rencontres, échanges.

Les gens se connaissaient, et voyageaient.

Deux sources seront évoquées:

des recherches effectuées par feu NIZE ISABEL MORAES, une brésilienne (re)devenue Sénégalaise qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’Université de Dakar,

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et un travail du Musée des Pagnes & textiles, à St Louis du Sénégal, sous l’égide de Maï Diop.  http://textilesmandjak.over-blog.com/

« La présence de tissage Mandjak en Afrique de l’Ouest remonte au 16ème siècle. A l’époque de la traite, dans les îles du Cap Vert, les tisserands Mandjak captifs encadrés par les portugais, adoptèrent les évolutions techniques en cours en Europe.
Sur leurs métiers rudimentaires ils modifièrent par l’ajout de lisses supplémentaires leur système d’ornementation et se mirent au travail avec l’aide d’un assistant tireur de lacs.

Destinées à devenir monnaies d’échange les étoffes Mandjak du Cap Vert circulèrent rapidement dans toutes les régions où se pratiquait le commerce avec les conquérants influençant à leur tour la production des tisserands restés sur le continent.« 

chaloupe du XVII siècle

Cette information est confirmée par Nize Isabel Moraes, qui a publié notamment un article dans NOTES AFRICAINES n° 139: « le commerce des tissus à la Petite Côte dans les années 1600 »

Selon le néerlandais D.RUITERS, en son livre « Flambeau de la Navigation » rédigé au tout début des années 1600 :

« le commerce à ce que nous appelons la côte proprement dite, est en majeure partie effectué par les Portugais qui habitent l’ile de S.Iago, au moyen de petits navires, de chaloupes et de jachts. Ils les chargent d’abord de sel, qu’ils vont chercher gratuitement sur leurs îles voisines, telles l’Ilha de Maye et l’Ilha de Sal. Ils voguent avec ce sel vers la Sierra Lioa et l’y négocient contre de l’or, des dents d’éléphant et de la noix de cola. De la Sierra Lioa ils remettent alors à la voile vers Jualla et Porto dalla, où ils négocient une partie des noix de cola pour de petits vêtements de coton.

Connaissant les cap verdiens, il serait étonnant qu’ils n’aient pas aimé une femme lors des escales; il y aurait donc des enfants cap verdiens à Joal & (Saly) Porto Dalla depuis les années 1600

« (…) Ils négocient parfois aussi des dents qu’ils ont commercé en Sierra Lioa,  (en échange de) pour de petits vêtements de Cabo Verde, lesquels sont ainsi nommés parce qu’ils sont fabriqués en grande quantité à Cabo Verde.

Ensuite ils remettent à la voile vers l’Est, en direction de Cacheo (Bissau) où ils commercent alors du reste de leur cola, ainsi que de ce qu’ils ont d’autre, pour des esclaves. Ils parviennent ainsi à se procurer 50 à 60 esclaves pour ce dont ils ont commercé le long de la côte et chaque esclave l’un dans l’autre leur vaut 150 réaux de huit en sorte que partis de rien, pour ainsi dire, ils gagnent neuf à dix mille réaux de huit »

 

De son côté, Antonio CARREIRA distingue deux phases successives dans l’économie du coton aux îles du Cap Vert. D’abord le coton produit dans les îles fut exporté soit en Europe, soit dans les fleuves de Gambie, de Casamance ou de Cacheu, où il était tissé. Il était tissé notamment par les Mandingues, les Wolofs, les Brames et les Banhums.

Ces tissus étaient ensuite vendus en divers endroits de la Côte de Guinée.

Dans la deuxième période, au contraire, le  tissage fut cette fois pratiqué dans les îles mêmes et les tissus étaient vendus à la Côte, entraînant un accroissement de la traite négrière.

Selon A.CARREIRA, cette évolution se produit au milieu des années 1600.

Il affirme de même que W.RODNEY, la supériorité de la production des îles : « le tissu ou étoffe de Santiago conquit les marchés de bord de fleuves et les foires de la brousse jusque loin dans l’intérieur. Il s’imposa par sa qualité et par ses caractéristiques et, en peu de temps, assura de substantiels échanges. Qui n’eût pas possédé de tissu des îles du Cap Vert aurait souvent eu des difficultés à se procurer des esclaves ».

Et que dit W.RODNEY, après une allusion à des instructions en 1614 pour renvoyer aux îles du Cap Vert des filandières établies en Guinée :

« (…) heureusement pour les cap verdiens (des îles) leurs tissus étaient plus à même de maintenir leurs position, aussi les Européens furent-ils obligés d’acquérir ces tissus pour faciliter à la Côte, leurs achats d’esclaves, de cire et d’ivoire »

 

Voilà pour aujourd’hui.

Philippe Vicente Alcantara

SOURCES

NIZE IZABEL DE MORAES, le commerce des tissus à la Petite Côte au XVIIème siècle, Notes Africaines n° 139, juillet 1973. IFAN, Dakar.

W.RODNEY Portuguese Attempts at Monopoly on the Upper Guinea Cost. J.Afr.Hist. 1965, VI, 3, p.311

Antonio CARREIRA : Panaria cabo-verdiano-guineense. Lisboa, 1968, p 18-20 et 157

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