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Il s’agit d’un extrait des recherches de B.PINTO BULL & J. BOULLEGUE, publiés dans la revue NOTES AFRICAINES n° 130, avril 1971

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 « La Mission de Baltasar Barreira à Joal et Portudal (1609)

Le Père Baltasar BARREIRA dirigeait une mission de quatre jésuites qui quittèrent Lisbonne pour l’île de Santiago du Cap-Vert en juin 1604. Baltasar BARREIRA avait alors environ 60 ans et il possédait une expérience missionnaire car il avait été pendant quatorze ans supérieur de la mission d’Angola, selon le chroniqueur des missions jésuites , Fernéão GUERREIRO  » (…)

Il n’avait pas prévu de s’arrêter à cet endroit, mais à la suite d’une tempête, leur bateau dut se réfugier.

(…)…Vu ce contretemps, et parce que les vents nous étaient contraires pour les chercher à nouveau (5), et parce que les vivres commençaient à nous manquer, nous mîmes le cap sur la côte qui commence du fleuve Cenegã jusqu’aux environs de Cacheu, et nous l’aperçûmes en moins de vingt-quatre heures.

 

(…) Cette côte est peuplée de gens contaminés par la secte de Mahomet ; il y a deux ports où habitent des Portugais, et où entrent et commercent d’autres nations, notamment Anglais, Hollandais, et Français. Le principal port est celui de Ale, l’autre celui de Joala. Nous arrivâmes à celui-ci, après de nombreux détours, car le pilote ne le connaissait pas.

Je débarquai le jour de la Saint-François ; les Portugais qui y résidaient vinrent m’attendre à la plage, me félicitant pour mon voyage et pour mon arrivée, manifestant des signes de grande joie. Le principal (6) me prit à sa charge, mettant à ma disposition des maisons séparées, près d’une espèce d’église qu’ils ont là, et pendant tout mon séjour, il me donna toujours tout ce dont j’avais besoin, avec tant de charité et de générosité que j’eus du mal à obtenir de lui qu’il se modérât. Quand je lui ai demandé s’il y avait là le nécessaire pour dire la messe, j’appris que le Visitador l’avait au port d’Ale. (…)

(…) Quand je prêchais ou quand on chantait le catéchisme, les musulmans écoutaient, dehors, ébahis, et quelques Bexerins (serères) et autres me disaient ensuite beaucoup de bien de notre sainte loi et les des choses que dans les sermons j’enseignais aux chrétiens.

Peu de jours après, au port de Ale, on apprit mon arrivée ; ils m’écrivirent aussitôt, en manifestant toute leur joie, et en particulier le Visitador, chanoine de la cathédrale de ce diocèse, qui me demandait très chaleureusement d’y aller non seulement pour réconforter ces chrétiens qui le souhaitaient ardemment, mais aussi pour l’aider dans nos fonctions religieuses, car il était souffrant. Par la même occasion il m’envoya certaines choses pour la route, parce qu’il savait que j’étais privé du nécessaire.

Je m’y rendis à la désolation des chrétiens de Joala, que je tempérai en leur disant que j’y retournerais avant d’aller à Cacheu pour confesser ceux qui ne l’avaient pas encore fait, et pour terminer quelques affaires qui avaient été commencées. Quelques-uns m’accompagnèrent  par affection, et parce que la route n’était pas très sûre.

Le Visitador sortit pour nous recevoir avec les Portugais du bourg, qui sont nombreux, et l’Alcaide musulman, gouverneur de ce port, qui m’embrassa aussi, comme les autres, me félicitant pour mon voyage, et affirmant que sa joie de me voir n’était pas moindre que celle des Portugais.

(…) Avant d’entrer dans le bourg, en passant près d’une croix plantée sur la plage, je me mis à genoux, et priai devant elle ; tous ceux qui m’accompagnaient firent de même, en présence non seulement des musulmans, mais aussi de beaucoup d’hérétique de nombreuses nations qui étaient présents (9). Et pour cette même raison, pour la confusion des uns et des autres et pour la plus grande gloire de Dieu, je fis, à partir de ce jour, le catéchisme au pied de cette croix, qui est la place la plus fréquentée des autochtones et des étrangers.

(…) Nous sortîmes donc un dimanche après-midi, par la rue principale du bourg, qui est très longue et très large, avec une clochette devant, puis un crucifix d’aspect très édifiant, et entouré de flambeaux. Des Portugais  et d’autres chrétiens nous accompagnèrent en deux files, comme dans une procession, répondant tous aux litanies que deux garçons chantaient. De part et d’autre de ces deux files, suivait une grande multitude de musulmans et de Bexerins (serères). Et comme le marché se trouvait au milieu de cette rue, les musulmanes qui y vendaient, en nous voyant ainsi, rentrèrent tout ce qu’elles avaient dans leurs paniers, et avec ceux-ci sur la tête, se mirent à nous suivre.

Nous arrivâmes finalement près d’une croix qui se trouvait en dehors du bourg, entourée de murs, car c’était le cimetière des chrétiens ; nous nous agenouillâmes aussitôt devant elle, et les garçons entonnèrent trois fois « Seigneur Dieu, miséricorde », comme ils faisaient toujours à la fin du catéchisme ; tous répétaient et se frappaient la poitrine, ce qui provoquait grande piété et grande dévotion. C’est ainsi que nous allâmes et rentrâmes en toute tranquillité comme si le pays était tout entier habité de chrétiens catholiques. Les Portugais fêtèrent beaucoup cet événement et ils avaient grand espoir que, si la compagnie y continuait, tout ce royaume se convertirait à notre sainte foi.

(…) Mais comme après cela, je n’y suis resté que peu de jours, car un voilier appareillait déjà, qui devait me conduire à Cacheu, j’ignore ce qui arriva par la suite, et si le Visitador le baptisa.

Je partis finalement pour Joala, comme je l’avais promis, et, après y avoir confessé ceux qui m’y attendaient et achevé d’autres affaires du service de Dieu, je m’embarquai à destination de Cacheu, où nous arrivâmes le troisième jour, aux environs de minuit.

PINTO-BULL et J. BOULEGUE

 

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